Les dieux sont parmi nous [Critique : Man of Steel]

L’article qui suit contient quelques éléments révélant des événements majeurs de l’intrigue. Il est conseillé d’avoir vu le film avant d’entamer la lecture de cette critique.

Après des années de développement Hell (en mettant de côté la tentative de Brian Singer, trop ancrée dans l’héritage de Donner), voici enfin une nouvelle interprétation du plus célèbre, et sans doute du plus puissant, héros des univers connus. À charge de remettre l’ange de Métropolis sur un piédestal : Le duo Zack Snyder et Christopher Nolan, ce dernier n’étant que producteur sur le projet. Une association qui parait en premier lieux incongru, tant les deux hommes se posent sur deux versants bien différents du cinéma moderne. Beaucoup espéraient donc un Snyder en retrait, au profit du traitement réaliste du réalisateur de la trilogie Dark Knight. C’est bien mal évaluer le style du metteur en scène de Sucker Punch.

Que Zack Snyder possède de nombreux détracteurs est compréhensible, son cinéma outrancier ne supportant pas toujours le poids des années (300 a pris un coup vieux en même pas une décennie). Mais résumer sa mise en scène au simple gimmick du slow motion est un propos très caricatural. Dans tout ses films, il propose un univers martial et guerrier (même dans « l’enfantin » Le Royaume de Ga’Hoole) et surtout très iconisé. Le film de super héros a grandement besoin de ce dernier point, et pourtant de nombreux films récents du genre ont gentiment oublié cela. Quand Snyder a été annoncé au commande de ce Man of Steel, c’était donc la promesse d’un traitement plus proche des comics books, le Superman connu des écrans de cinéma jusqu’alors étant trop fantasmagorique. Malgré que le(s) film(s) de Richard Donner soit/soient de vraie(s) réussite(s), il est difficile de pardonner les pouvoirs ubuesque de Sup’ crées au bon vouloir du script, ou encore un héroïsme cantonné au soulèvement de poids.

 

En partant de ce postulat, le film s’ouvre sur Krypton au bord de la destruction. Les kryptoniens sont décrit ici comme issus d’une tradition transhumaniste absolue. Les naissances sont contrôlées et chaque individu est génétiquement conçu pour intégré une caste prédéfinie. L’inévitable destruction de la planète est la conséquence direct de leur mode de vie en autarcie, qui renie les élans explorateurs de leurs ancêtres. Dans ce contexte, Jor-El interprété majestueusement par Russell Crowe, engendre en secret le premier enfant naturel de Krypton depuis plusieurs centaines d’années. Ceci pose dés le départ Kal-El/Superman en parfait négatif du général Zod, quintessence du modèle kryptonien voué à sa perte. Son unique but étant la survie de son peuple, il fera tout ce qu’il jugera nécessaire pour sauvegarder le patrimoine génétique de son espèce, matérialisé ici dans le codex.

Dés cette longue introduction, la première chose que l’on remarque, est que le métrage apporte des arguments de science fiction plutôt convaincants. Au delà de l’effort fourni pour proposer à la planète un visuel solide, à défaut d’original (on pense beaucoup à Alien/Prometheus), le film n’oublie jamais que ses habitants sont des extra-terrestres pour nous. Outre les pouvoirs octroyés par notre soleil, leurs arrivée sur Terre est traité comme un vrai film d’invasion. L’introduction de Zod au peuple terrien dépeint une menace tangible et une vrai peur de l’inconnu. Ce qui donne plus de crédit à la puissance démesuré qu’ils démontrent sur Terre.

 

Autre domaine où le film se démarque, il ne suit pas à la lettre le cahier des charges de l’Origin Story instauré par le premier Spider-Man de Sam Raimi, et maintes fois rabâché depuis. Passé le chapitre de Krypton, le film est catapulté à notre époque. Si l’on s’attarde à raconter comment Kal-El devient Superman, quelques flash-back disséminés dans le film aux moments opportuns permettent de cadencer le rythme du récit et offre une évolution fluide au personnage. Le grande victoire de ce procédé est la performance de Kevin Costner. Non content d’incarner un Jonathan Kent juste parfait, l’éparpillement de sa prestation permet de garder sa présence sur toute la longueur du métrage. Donnant plus de sens et d’impact à ses valeurs patriarcales. Ou comment d’un simple geste, Costner offre une mort magnifique, déchirante et bouleversante.

Via cette mise en place intéressante, Snyder évite ainsi de perdre du temps dans le récit du présent, pour se consacrer entièrement à l’action. Et il y a un sacré lot d’action. Un fois que Superman enfile son costume, le réalisateur peut entièrement faire état de son amour des joutes épiques et du plan iconique. Le premier envol, amorcé par des balbutiements sous forme de bonds (comme aux débuts d’Action Comics), est à ce sens magistral. Les premières scènes de vol arrivent à condenser la magie et la surpuissance de cette capacité hors norme. Ce qui permet au film d’aller encore plus loin dans la surenchère quand les kryptoniens en viendront aux mains. Alors que Sup’ assume tout juste son rôle de sauveur, il fait face à Zod et ses minions, combattants acharnés qui usent de leur force surhumaine avec une efficacité et une détermination terrifiante (mention spéciale à l’amazonienne Antje Traue). Le grand bleu avec son inexpérience du combat aura bien du mal à orienter en sa faveur les affrontements qui font d’inévitables et conséquents dommages collatéraux. Avec cette démesure et cette démonstration de puissance colossale, le film injecte enfin une dimension mythologique trop absente du genre. Ce qui se prête à merveille à l’univers de DC comics, dont les personnages sont les parangons même du mythe héroïque moderne. Kal-El fait enfin face, au cinéma, à une menace de son envergure et d’échelle planétaire. On est loin des folies excentriques d’un Lex Luthor mal croqué. Devant un tel étalage de morceaux de bravoure, tous plus impressionnants les uns que les autres, on peut pardonner le cadrage parfois tremblotant qui gâche parfois la lisibilité. L’effet n’est pas non plus omniprésent et l’action ne déborde que rarement du cadre, on est à des années lumière d’un Mickael Bay bordélique. Ce combat titanesque se termine sur un affrontement mano a mano entre Superman et Zod. À ce stade, le général kryptonien a tout perdu, jusqu’au sens même de son existence, prisonnier de ses gènes. En résulte un combat qui amènera Superman dans ses dernières limites et le poussant à tuer pour arrêter la folie de Zod. Ce qui pourrai être vu comme une trahison du personnage, se pose en fait comme un acte fondateur. En soit il s’agit d’une première défaite, et il incombera à Superman de ne plus jamais franchir cette ligne à nouveau.

Cependant la réussite du dernier acte du film au niveau de l’action pure est parsemé de quelques maladresses. Le nom de Superman sera amené dans le film par une touche d’humour bien symptomatique du blockbuster moderne. Ce qui fonctionne plus ou moins chez Marvel, fait plutôt tâche ici. On notera également que pour une Lois Lane très bien interprété par Amy Adams, le reste du cast du Daily Planet fait de la figuration. L’utilité de la séquence de Jenny « Olsen » dans les décombres est contestable, et il est à parier que des coupes au montage ont mis à mal le sens de cette scène. Ces peccadilles sont la conséquence d’un récit qui se veut principalement focalisé sur Kal-El. Le Clark Kent reporter n’existant pas encore, il n’est donc pas étonnant que tout ce qui ce rapporte à ce versant du personnage soit si peu traité. La dernière scène introduira finalement intelligemment cet élément pour poser le film sur les bases connues de tous..

Zack Snyder offre enfin une vision de Superman à la portée mythologique. Il façonne un univers furieux et ravageur, cohérent face au reste de sa filmographie. Porté par d’excellents acteurs, un Henry Cavill qui conjugue puissance et sensibilité, et une alchimie entre Cavill et Adams qui s’impose par la juste force des images. Man of Steel s’impose comme le film que Superman mérite. Un film de cinéma qui a de l’allure et dont les quelques imperfections sont bien peu de choses devant l’extase que procure l’ensemble.

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