La Malédiction du Bruckeimer [Critique: Lone Ranger]

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Jerry Bruckeimer, Gore Verbinsky, et Johnny Depp, une collaboration qui aura tant fait de mal aux blockbusters modernes avec la saga Pirates des Caraïbes. Voir le trio s’attaquer aujourd’hui à la figure de la pop culture américaine qu’est le Lone Ranger n’augurai rien de bon. Et dans leur entreprise rodée de démolition des genres, le justicier solitaire est la nouvelle victime d’une grosse production à la construction fade et sans âme.

Si l’on revient sur Pirates des Caraïbes premier du nom, l’on était en présence d’un film qui remplissait son contrat de divertissement. Ce même s’il posait les bases du blockbuster de 2h20 (minimum) qui ne raconte rien, et se perd dans des dialogues tentant de donner de la complexité à un récit convenu. Les suites, fabriquées sur le même modèle, ne feront pas illusion et seront au mieux moyennes au pire agaçantes. Et donc, trait pour trait, la formule caribéenne est appliquée au genre Western, qui n’en avait vraiment pas besoin. Car là où Pirates des Caraïbes profitait de la mort du swashbuckler boucanier (Renny Harlin et Roman Polanski sont là pour en témoigner) pour s’imposer au prés du public, la conquête de l’ouest américain n’a jamais vraiment disparu des écrans de cinéma.

Le film part déjà avec un train de retard, et il finira d’achever sa crédibilité en refusant d’assumer sa provenance pulp. En adaptant la série radiophonique (puis télévisée) du Lone Ranger, l’on était en droit d’attendre une récit iconique qui embrasse son matériau d’origine pour faire vivre au public une grande aventure au doux parfum d’antan. C’était sans compter sur un humour qui a pour principal but de désamorcer toute dramaturgie, et ce à chaque instant où l’on ose encore y croire. Que dire de ces gags impliquant des animaux en CGI qui font constamment sortir du récit? Ou encore de cette volonté de tourner en dérision les figures classique du personnage du Lone Ranger? En plus d’être absurdes et pas drôle pour un sous, ces écart narratifs font perdre toute substance à l’univers décrit. À croire que l’humour vulgaire soit devenu un cache misère pour Hollywood en manque d’idées. Ce manque de vigueur aventureuse est un comble, puisque les événements du film sont contés à un enfant par le vieux Tonto (joué par un Johnny Depp cabotin en mode automatique).

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Dépourvu de tout romanesque, le film se tire également une balle dans le pied au niveau du mysticisme de son histoire. Encore une fois, le scénario parasite toute approche mythologique avec les origines de Tonto. Ce flash-back explicatif, vient annihiler toute la portée fantasmagorique du personnage, et du méchant de service. Voir le traitement infligé à la légende du Wendigo fait peine à voir. Le film transforme la possibilité de rendre l’antagonique vraiment terrifiant, en gimmick à peine esquissé dans un dialogue (histoire d’être sûr que le public a bien compris de quoi il en retourne…). Tout ça pour être ensuite balayé d’un revers de la main par le flash-back sus nommé. Affligeant. Que reste-t-il alors à raconter dans ce Lone Ranger? Une histoire de complot au retournements insipides qui tente tant bien que mal d’amener un discours sur le progrès néfaste aux cultures amérindienne. Déjà débattu ailleurs, de manière plus pertinente, le récit ne se sauve pas avec cette «honorable intention». À quoi bon? tant les personnages secondaires ne vont pas plus loin que leur statut de départ. Soit ils font de la figuration (du remplissage?) comme Helena Boham Carter, soit leur développement est simpliste au possible (le simili général Carter).

Avec un contexte si peu engageant, les scènes d’action brassent du vent. Aussi extravagante soit-t-elle, elle ne peuvent prétendre être impressionnante. Dépourvu des enjeux nécessaire pour immerger le spectateur, elles ne sont qu’un déversement d’effets spéciaux pas forcément agréable à l’œil. Au final, les moments de bravoures ne sont qu’une succession de séquences désincarnées parsemé de gags grotesques. Bien symptomatique du blockbuster pré-mâché des années 2000/2010. Malgré les moyens déployés dans la production design, Lone Ranger ne masque pas la vacuité de son projet.

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Lone Ranger est un blockbuster carré d’un point de vue technique qui veut faire oublier une narration absconse. Doté d’un scénario bien en phase avec les productions actuel du même calibre. On a là un digne hériter de la formule Pirates des Caraïbes.

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