La loi de Murphy [Critique: RoboCop]

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De tous les remakes orchestrés ces dernières années, voilà sans doute l’un de ceux qui aura fait le plus grincer des dents (l’auteur de ces lignes compris). S’attaquer au chef-d’œuvre de Paul Verhoeven, une tâche suicidaire tant le RoboCop de 1987 se place aujourd’hui encore comme une référence de la science-fiction au cinéma. Mais en prenant du recul, ce remake est-t-il si illégitime que ça? La franchise a déjà côtoyé les tréfonds du ridicule avec un troisième film catastrophique, des séries télé ringardes, et même deux séries animées pour enfants (à une époque où les films pour adultes avaient droit à leurs gamme de jouets dérivés). En accordant le bénéfice du doute, on pouvait donc espérer un retour un peu plus glorieux que les exemples cités. C’est donc José Padilha, réalisateur brésilien des deux excellents Tropa de Elite, qui se voit attribuer la lourde tâche de revisiter le film pour le public d’aujourd’hui. Le projet a déjà le mérite de ne pas être dirigé par le premier tâcheron venu ( on est loin d’un Louis Leterrier ou d’un Len Wiseman). Mais lorsque Padilha lui même, lors du tournage, annonce que 9 de ses idées sur 10 sont rejetées par le studio, l’on peut légitiment s’inquiéter de la direction prise par le film.

Pourtant le film part d’un excellent point de départ. En Iran, la société Omnicorp (OCP) fait une démonstration de l’efficacité de de ses robots pour amener la «paix» dans les régions difficile du monde, tout cela sous le regard d’un show télévisé présenté par Samuel L. Jackson. Dans ces quelques minutes pré-générique se dessine un propos plus qu’intéressant sur l’interventionnisme et le sécuritarisme américain. Une séquence qui alterne entre les points vue médiatisées et locaux, et où le personnage de Jackson arrive, malgré un retournement de situation défavorable, à vendre son point de vue au public. La scène est de plus bien construite et rythmé, l’héritage des guerillas urbaines des deux films précédent du réalisateur se fait sentir. Et n’est pas étranger à la réussite de cette amorce qui rappelle, par certains aspects, le District 9 de Neill Blomkamp. Une mise en bouche qui a le don de titiller l’attention du spectateur, même le plus sceptique. Un discours politisé d’actualité dans un remake hollywoodien moderne? Si seulement le reste avait suivi cette voie.

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Malheureusement, le film ne sera jamais à la hauteur de cette introduction. Dés lors que le métrage doit se concentrer sur le personnage titre, l’on s’approche plus des craintes que les fans pouvaient avoir. Le RoboCop version 2014 est bien le produit aseptisé qui bafoue tout la portée tragique du film de Verhoeven. Avec une pléthore de choix narratifs douteux, le film perd tout se qui faisait la force du flic robot original. Le plus gros problème ici est que l’on est face au prototype même de l’«origins story» chère aux années 2000/2010, avec tout ce que ça apporte d’arc narratifs lorgnant vers l’explicatatif de bas étage. Là où le film du hollandais violent sublimait un postulat de série Z (on parle quand même d’un robot policier) avec la seule force des images (le moment poignant où RoboCop retourne chez lui entre autres), en 2014 le public se voit infligé des dialogues qui paraphrasent le déroulement de l’histoire. Et de ça la caractérisation des personnages en souffrent indubitablement, car sur-écrit. L’on troque la figure fantasmée de la famille de Murphy par une qui est bien trop présente et parasite le récit. La pureté et l’efficacité du scénario de RoboCop sont passés à la «dé-moulinette» narrative. Grâce à ce procédé, RoboCop passe plus de temps dans les laboratoires d’OCP que dans les rue de Détroit durant les deux heures de métrages.

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Outre cette déconvenue qui alourdi péniblement le rythme du film, il faut aussi se faire à un personnage principal d’une banalité désarmante. L’Alex Murphy, tel que décrit dans ce remake, n’est guère différent d’un héros de série télé lambda. Un jeune flic cool et rebelle qui n’hésite pas à faire fi du protocole, il a même droit au sidekick black de circonstance (l’officier Lewis, oui la partenaire féminine de l’original). Le soucis ici, il n’y a aucun contraste entre l’homme et la future machine. Point de rookie idéaliste qui retrouve peu à peu son humanité, non Murphy garde complètement sa conscience et reste aussi fade du début à la fin. Point de mort dans la souffrance et l’humiliation, non une bête explosion, un coma et basta. Une définition du personnage qui amène a de grands moments de ridicule comme la séquence du good cop / RoboCop. Le look du cyborg joue également dans l’absence d’impact sur la transformation. Changeant d’aspects plusieurs fois dans le récit, aucun ne convainc réellement. Trop armure et pas assez machine, il y a un toujours cette impression d’homme dans un costume (l’acteur n’aidant pas). Le héros passe la majeur parti du temps à visage découvert, on est loin du malaise procuré par le brillant design de Rob Bottin. Plus un Iron Man du pauvre qu’une machine imposante donc.

Un raté rédhibitoire que ne viennent pas arranger les séquences d’actions bâclées. Au choix plates ou illisibles, atténuées au niveau graphique par un PG-13 bien embarrassant, elles ne provoquent guère l’enthousiasme (même avec l’excellent Hocus Pocus de Focus en fond sonore). Pire, le contexte de Détroit, édulcoré au possible, laisse difficilement croire à une ville en proie aux crimes, l’impact des actions de RoboCop est pour ainsi dire quasi-nul à l’écran. Une absence de vision qui fait peine à voir, et se conclue sur un climax complétement dénué d’adrénaline. Une mise en scène d’une pauvreté de tous les instants ou aucunes images risquent de marquer le spectateur, la photographie délavé n’aidant pas. Même la musique se veut terriblement feignante, voguant sur la tendance (qui a trop duré) de Hans Zimmer. Elle se permet même de reprendre le motif musical du premier film comme simple gimmick, déformant au passage la portée évocatrice du morceau de Basil Poledouris. Plus grand choses à sauver de ce naufrage, à part peut-être le personnage de Gary Oldman. L’ingénieur sur le projet RoboCop apporte assez de conviction dans son jeu d’acteur pour rendre son parcours agréable à suivre. Ses lignes de dialogues sont bien les seules restes de la promesse de réflexion de départ. Michael Keaton et Samuel L. Jackson quand à eux cabotinent plus que de raison, ce qui peut être éventuellement considéré comme une source de satisfaction devant l’enthousiasme communicatif de leurs performance.

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Ce RoboCop flambant neuf est au final aussi frustrant qu’horripilant. S’il est difficile de pardonner le traitement accordé à Alex Murphy, il est d’autant plus rageant de constater qu’il y a des bribes d’un film d’anticipation d’une autre envergure. C’est à croire que le métrage aurai été bien meilleur s’il avait assumé son postulat de départ sans avoir à adapter un classique des années 80. Avec un peu de chance, José Padilha reviendra à la science-fiction avec un projet où il aura un contrôle artistique total. En attendant, ce film rejoint la longue liste des remakes dont on se serait bien passé.

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2 réponses à “La loi de Murphy [Critique: RoboCop]

  1. Critique intéressante!
    Je me tâte vraiment pour d’aller le voir au ciné. J’ai vraiment apprécier le premier Robocop, le designe du robot, le fait de voir évoluer le robot/programme vers une confusion entre ce qu’il est et ce qu’il était (vivant, humain, sa famille…).
    J’ai lu une interview de Padilha, dont je ne suis qu’à moitié convaincu. Entre les images du teaser, ce que j’en ai ressenti et ta critique… j’ai bien peur d’avoir à faire à un navet qui n’a pris que le titre et l’armure pour en faire un nouveau film et sans s’en reprendre la moelle.
    Ce remake me fait peur autant que ma fait mal la vision du film Max Payne qui, partait quand même d’un jeu au scénario extra et qui a été transformé en bouillie hollywoodienne pour gaver la masse.
    Je croise les doigts pour ce reboot, mais rien en moi n’y croit vraiment. Tristesse…

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