L’Artisanat du Mal [Critique: Maléfique]

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Le profil de Robert Stromberg a de quoi titiller la curiosité de l’amoureux de cinéma de genre dans sa facette la plus artisanale. Vétéran dans l’art du Matte painting (il aura composé des panoramas pour Tremors, Les Valeurs de la famille Addams, quelques Star Trek, et plus récemment Le Labyrinthe de Pan), il fait parti de ceux qui auront bouleversé le rôle des superviseurs d’effets spéciaux tout au long du processus créatif des films d’envergures. Ses récentes contributions en tant que directeur artistique et chef décorateur sur Avatar, Alice au pays des Merveilles et Le Monde fantastique d’Oz imposent définitivement sa patte et lui permettent de remporter deux oscars (pour Avatar et Alice). Son implication dans la conception de films prenant de plus en plus d’ampleur, ce de la pré-production jusqu’au rendus finaux, il était finalement logique que l’artiste prenne un jour la casquette de réalisateur. Sur cette réinterprétation d’un classique des studios Disney, il dirige donc son premier film. Si les peintures médiévales de La Belle au bois dormant promettent une belle rencontre avec le style du directeur artistique, il reste à voir si Robert Stromberg est le mieux placé pour mettre en avant son propre visuel. Le fossé qualitatif qui sépare Alice et Oz en témoigne: sans un vrai talent de conteur, on peut vite sombrer dans l’échec artistique qu’était le film de Tim Burton.

Dans ce contexte, et avec le prémisse intéressant de revisiter une histoire connue du point de vue de son antagoniste, Maléfique avait des arguments plus pertinents que le premier conte de fées «live» venu, et représente en soit un sacré défi pour Disney. Ce classique de l’animation qu’est La Belle au bois dormant se démarque du catalogue du studio de par son esthétique extrêmement léchée, mais aussi de par la caractérisation de ses personnages. La confrontation entre le bien et le mal dans sa forme la plus pure (froide diront certains) offrait au film des tableaux de toute beauté. L’affrontement entre le prince Philippe et le dragon est le genre de séquence qui marque l’esprit de façon indélébile. De ce point de vue, Maléfique prends le parti pris de développer les causes qui ont amenés la sorcière noire à devenir le parangon absolu du mal, et le film s’y applique avec autant de maladresse que de bon discernement. Premier constat alors, le script prend de très grandes libertés avec le film original. Mais ces trahisons servent surtout un récit propre, non dépourvu de belles trouvailles.

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La première partie du film présente la fée Maléfique, dés son plus jeune age, comme gardienne des terres d’un peuple composé de créatures sylvestres. Ces dernières arborent, pour la plupart, un design assez convaincant qui rappelle par touches les étrangetés d’un Dark Crystal (toute proportion gardée, cela va de soit). Cependant elles ne sont jamais mise à profit autrement que comme caution (numérique) de fantasy au sein du film, et ne caractérisent donc que la beauté de la nature. Une innocence dont l’accès se voit refusé à l’homme. En grandissant, Maléfique sera directement exposée à cette perversion humaine qui la mettra sur la voie de la vengeance dont le motif ne sera pas dévoilé dans ces lignes, mais qui est assurément un pic narratif aux thèmes osés. Le film aborde là son acte le plus intéressant et construit une amorce narrative forte autour de son personnage titre. Le vecteur principal de cette approche est le rôle accordé au roi Stephan, figure torturée incarnée par Sharlto Copley, il est sans doute l’une des plus grande réussite de Maléfique. Le film ne concrétisera pourtant pas ce potentiel tragique.

Malheureusement, la scénariste Linda Woolverton (Alice de Burton) va s’efforcer de rattacher le tout au conte d’Aurore. Une grave baisse de rythme lors de l’isolement de la princesse qui va aussi remettre en cause les fondations même du personnage de Maléfique. À ce stade, elle commence à perdre ce qui la caractérise le plus pour devenir une simple anti-héroïne. Malgré cette orientation de mi-parcours malencontreuse, Angelina Jolie reste tout de même impeccable dans l’interprétation de la sorcière, le maquillage de Rick Baker et les costumes aidant beaucoup. Il est donc d’autant plus dommage que toutes les possibilités entamées jusqu’alors soient réduites à néant pour assurer un happy end incongru, et le script n’est guerre aidé par la réalisation de Robert Stromberg. Comme on pouvait le craindre, la richesse visuelle des environnements est filmé de manière bien trop statique. Même si certains plans larges arrivent bien à calquer la verticalité du dessin animé avec ses personnages qui traversent, tels des silhouettes, de grandes fresques. À noter aussi cette autre fulgurance qu’est la scène de cérémonie, très fidèle à l’originale. Mais tout cela est dilué dans une mise en scène convenue, quand elle n’est pas tout simplement illisible dans les scènes d’actions. À ce titre l’un des moments les plus attendus du film frustre par ses écarts dû au scénario et son sur-découpage confus (encore une fois, le roi Stephan sauve cette séquence). Là où Sam Raimi arrivait avec Oz à faire voyager au pays du magicien, parvenait à livrer un message très personnel sur son rôle de prestidigitateur du cinéma, et renouvelait sa grammaire narrative avec une 3D réfléchie; Stromberg n’égale en rien son illustre ancien collaborateur.

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Entre le concept, l’aspect visuel, et le prémisse de l’histoire, sur le papier Maléfique avait tout pour être une fable noire qui revitalise son importance au sein de la galerie des méchants du studio Disney. Dans les faits, des errances de script, une narration convenue, et une mise en scène dénuée de souffle laisse dubitatif à la fin du métrage. Difficile de tout jeter, mais il s’agit tout de même d’un rendez-vous manqué qui offre par moments quelques belles images et passages bien vus. 

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