Saveurs pulpeuses [Critique: Détective Dee II : La Légende du dragon des mers]

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Suite au succès critique et commercial de Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme, la possibilité d’une suite s’est vite concrétisée. Mais l’indisponibilité d’Andy Lau, le charismatique interprète du personnage titre, a forcé le choix de réaliser une préquelle aux aventures du détective. Malgré cette contrainte, Tsui Hark va pourtant pleinement exploiter le caractère serial de son personnage et offrir un film qui déclare sa flamme à la noblesse du cinéma populaire. Avec La légende du Dragon des mers, le détective Dee s’impose comme l’une des rares figures cinématographique Pulp de notre époque.

Le premier film était déjà un pur moment ludique qui établissait la personnalité du détective, grâce notamment à un Andy Lau impeccable (Mark Chao qui le remplace ici est convaincant, mais n’a clairement pas l’aura de Lau). Mais malgré ses qualités indéniables, le film paraît bien timide lorsque l’on voit comment ce second épisode embrasse ses éléments fantastiques et cadence son récit de manière plus fluide que l’original. Comme en témoigne par exemple la place accordée aux capacités de déductions du protagoniste. Alors que la résolution de l’enquête sur Le Mystère de la flamme fantôme était un outil pour articuler le récit autour de retournement de situations, révélations, et complots, ici il sert de moteur pour amener de la diversité dans les péripéties vécus par les personnages, ce dans un pur esprit de serial. Ce qui amène une fraîcheur permettant de pleinement assouvir la portée romanesque du film. Car Détective Dee 2 est un film généreux, débordant de folies visuelles convoquant le meilleur du cinéma de genre.

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Entre un élèvement de princesse qui renvoie à L’Étrange Créature du lac noir de Jack Arnold, ou encore un climax sur un lieu isolé digne d’un James Bond d’antan, Tsui Hark ne s’interdit aucune extravagance pour assurer le plaisir immédiat de son audience. Des instants de bonheur repoussant les limites créatives de sa mise en scène. La 3D jouit à ce titre d’un traitement en adéquation avec ces intentions de pur divertissement. Il faut alors mentionner les affrontements virevoltants, qui bénéficient déjà d’une chorégraphie prodigieuse, mais qui se voient sublimés par le relief qui joue avec la riche architectural de la chine antique et démontre une maîtrise de l’espace sans failles. Mais la 3D n’est pas là que pour soutenir l’action démesuré du film, elle est un élément indispensable de la narration. Quand on voit la science infuse du détective à l’action, cela passe par d’ingénieux procédés de perspectives, permettant de montrer l’instantanéité de la réflexion de Dee par la seule force de l’image. la ville d’une carte accrochée verticalement qui se modèle en relief, pendant que Dee la scrute en gros plan pour retracer certains événements, un exemple plus qu’éloquent. Il ne s’agit plus peindre le cadre comme un tableau, mais bien de le sculpter pour appuyer le récit. Une utilisation de la stéréoscopie faisant parti intégrante de la mise en scène, et qui place les talents de conteur de Tsui Hark comme aussi majeur que ceux de James Cameron, ou de Sam Raimi.

Des envolées visuelles qui flattent la rétine (malgré quelque rares effets numériques trop visibles) et assurent le spectacle, mais n’empêchent pas le film d’aborder un coté subversif plutôt relevé dans le cadre d’une production chinoise de cette ampleur. L’impératrice Wu froide, voir cruelle, n’hésite pas à se servir du dragon des mers comme prétexte pour des enjeux politiques (la jeune sacrifiée devient vite une prisonnière de guerre). Ce qui permet de révéler plus tard un peu plus de nuances dans les motivations des antagonistes, et qui montre un certain dédain de Dee face à la noblesse. En homme du peuple qui cherche à donner la justice en court-circuitant les administrations, il laisse passer en filigrane un aspect assez irrévérencieux. Le choix du remède que doit prendre les hauts membres de la société ne peut être innocent, en plus d’être un élément dont l’humour enrichit un peu plus la palette de réjouissances que peut proposer le film. Glisser un message aussi acide dans une œuvre à la portée aussi populaire, c’est sûr Tsui Hark ne recule devant rien… Et on en redemande.

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Alors que le générique de fin défile et affiche un diaporama de concept arts montrant d’hypothétiques futures péripéties du Détective Dee. On se dit que l’on vient de vivre une aventure comme il ne s’en fait que bien trop rarement aujourd’hui. Festival visuel à l’essence Pulp par excellence. La légende du Dragon des mers est plus qu’une excellente suite, le film impose son personnage comme un Doc Savage ou Indiana Jones des temps modernes.

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Une réponse à “Saveurs pulpeuses [Critique: Détective Dee II : La Légende du dragon des mers]

  1. Raah, pour une fois, pas grand chose à redire, ce film est une pure merveille de narration et de sensations. J’essayerais de creuser un peu plus mon ressenti sur cette 3D monstrueuse, chose qui m’avait étonné à la sortie de la séance.

    Sinon un bon papier de plus, je dois l’admettre.

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