Red Road Redemption [Critique: Mad Max Fury Road]

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Max Rockatansky aura su se faire désirer. Si l’ébullition autour du film a surtout pris de l’ampleur depuis le fameux trailer du Comic Con de San Diego, l’attente de Mad Max Fury Road remonte à bien plus loin que cela. Entreprise de longue haleine, en  »development hell » durant plusieurs années, tour à tour prévu avec le retour de Mel Gibson ou encore comme film d’animation en performance capture, l’éprouvant tournage sera définitivement lancé en 2012 dans le désert de Namibie. Entre cette date et aujourd’hui: pure folie et détermination sans borne pour amener sur les écrans l’ultime version du Road Warrior. Alors que certains clament le grand retour de George Miller depuis le dernier volet vieux de 30 ans, ces derniers ont sans doute oublié qu’il n’a jamais cessé de peaufiner sa vision absolue du cinéma. Mad Max revient aux affaires? Certainement. Apogée de la carrière du cinéaste australien? Indubitablement.

Dés les premiers instants, le film force le respect dans la présentation de son univers. Suite à la capture de Max par la secte d’Immortan Joe (incarné par Hugh Keays-Byrne, le Toecutter du tout premier film), Fury Road va mettre en place les éléments clés du récit avec une facilité et une limpidité désarmantes. En quelques plans, l’ampleur du contrôle qu’exerce Joe sur son peuple est assimilée. Son emprise totale sur les War Boys, qui le vénèrent comme un dieu, est clairement définie. Les enjeux qui motivent ces derniers sont on ne peut plus explicites. Kamikazes qui doivent se prouver aux yeux de leur pairs pour atteindre le Valhalla, ils représentent à eux seuls (et notamment celui joué par Nicholas Hoult) la profession de foi du film. Les personnages qui traversent la Fury Road se définissent par l’action. Vengeance, rédemption, et folie qui s’expriment dans un amas de métal et de fureur que rien n’arrête. Une fois pied au plancher, le voyage sensoriel de George Miller ne compte pas lâcher prise sur son audience.

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Mad Max Fury Road est une gigantesque course poursuite de 2 heures s’articulant autour de plusieurs principaux moments de bravoures. En terme rythme et scénographie, on n’a rarement vu une action orchestrée de manière aussi organique. Orchestre est bien le mot, car l’on assiste à une véritable symphonie visuelle faite de sable et d’acier. Le convoi de Joe est une véritable galère romaine avec ses musiciens motivateurs de troupes qui transforment les confrontations routières en véritables concerts. La musique énervée de Junkie XL se complète avec les riffs et percussions diégétique du clan, dans un élan qui accentue encore un peu plus la force des rencontres. La puissance de ces partitions d’images vient également de la richesse d’idées qui abondent de toutes parts. Dans des véhicules qui tiennent autant de la machinerie des locomotives que de l’équipement des baleiniers, les trouvailles mécaniques qui parsèment l’action ne se voient jamais répétées. Les différentes scènes sont aussi mémorables qu’identifiables, grâce à ces éléments iconiques qui saupoudrent l’aventure.

Cette imagerie est de plus chorégraphiée avec une lisibilité totale. Si la scène finale de Mad Max 2 était déjà une prouesse du genre, elle est ici décuplée sur toute la longueur. Peu importe le nombre d’intervenants, peu importe le nombre d’éléments qui entrent en jeu, à aucun moment le spectateur n’est perdu dans le chaos. Collisions de pneus, déplacements sur les longueurs du camion, sauts d’une voiture à l’autre, tout est cadré et monté avec une précision millimétrée à couper le souffle, au point de transformer la masse roulante en décor vivant. Un traitement jusqu’au-boutiste qui est le fruit du dévouement de Miller et son équipe et leur choix radical d’avoir tourné pratiquement toutes les cascades en dur. Un parti pris qui peut paraître improbable à l’ère du tout numérique, mais mille fois payant au vu du résultat. Et on pourrait ne s’en tenir rien qu’à ça. Cela suffirait déjà à remettre sur les bancs d’école la plupart des grosses productions du moment. Mais on a à peine égratigné la carrosserie du monstre.

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Le périple de Max peut à nouveau se décrire comme un western post-apocalyptique, il en reprend les codes du héros solitaire intriqué dans une intrigue qui n’est pas la sienne. Et à ce titre un Tom Hardy quasi-mutique reprend le flambeau de Mel Gibson avec force, et n’a pas à rougir de sa prestation. Cependant chez George Miller, et ce dans l’ensemble de sa filmographie, le moule d’un genre sert avant tout de matériau pour apporter une dimension mythologique au récit. Une portée déjà présente dans les précédents Mad Max qui se présentent plus volontiers comme une anthologie contée par différents points de vue (et qui justifient au passage les différences de tons entre chaque film), et encore plus exacerbée dans les Happy Feet ou le héros animal se dresse face à l’humanité qui est décrite comme une force spirituelle (la fureur des dieux gréco-romains?). Bien évidement, Fury Road n’échappe pas à la règle, et ce rien que dans le choix du titre. Les furies, ou érinyes grecques, déesses vengeresses devenues divinités de la justice sous l’égide d’Athéna sont la référence la plus évidente du film. Emprunts aux mythes nordiques (le Valhalla cité plus haut), tribu amazone, panoramas mystiques dont certains plans semblent sortis tout droit d’un livre d’illustrations fantastique, autant d’éléments qui transportent cet actionner survitaminé vers les cimes de la fable épique.

Au milieu de cette épopée, le monde en autarcie dirigé par Immortan Joe est une hégémonie familiale putride. Ses différents membres, affreusement difformes, règnent sur un régime patriarcal dévoilé comme doctrine du faux prophète, autre réminiscence des films récents du cinéaste. Face à cette adversité, se dresse la grande révélation du film. Vouée à devenir un icône culte, Furiosa incarnée par Charlize Theron porte le récit sur ses épaules. Figure brisée mais dont la puissance transparaît à chaque apparition, elle est une force vengeresse en quête de rédemption et de salut. Mère protectrice, guerrière valkyrie, elle est l’énergie motrice de la troupe qui fuit vers la terre promise. Sans doute le personnage féminin le plus important depuis Ellen Ripley ou Sarah Connor, elle finit de ranger Mad Max Fury Road au statut de pièce majeure du cinéma de genre.

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Claque formelle sans pareil, le dernier né de George Miller relance sous les projecteurs un des emblèmes les plus marquants de la pop culture. L’héritage de Mad Max se voit marié avec la richesse visuelle des deux Happy Feet pour un résultat qui non content de donner une leçon de mise en scène, se voit comme la consécration de l’ensemble de l’œuvre du cinéaste. On pourrait encore longtemps revenir sur ce qui fait de Fury Road un monument qui fera date, mais il n’est besoin que de deux mots pour décrire toute la puissance de l’œuvre: pur Cinéma.

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Une réponse à “Red Road Redemption [Critique: Mad Max Fury Road]

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