Erreur systémique [Critique: Terminator Genisys]

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L’article qui suit contient quelques révélations sur certains éléments de l’intrigue.

1984: James Cameron jetait à même le bitume Kyle Reese et se gardait bien de montrer comment il entrait dans la machine temporelle de Skynet. Les bribes de futur distillées tout au long du film sont placées en flashback pour renforcer le passé douloureux du personnage, le dévoiler à l’audience, et faire accepter son parcours émotionnel.

2015: Alan Taylor balance une longue introduction futuriste faites d’explosions, rayons laser, et autres images de synthèse qui s’entrechoquent bruyamment. Il prend ensuite bien le temps de tout expliquer sur le fonctionnement de la machine à remonter le temps par dialogues et scènes d’expositions balourdes et inutiles.

1991: Lorsque le T-1000 traversait une porte de l’asile en pourchassant Sarah Connor, il coinçait son arme à feu contre les barreaux. Un petit détail qui donnait une touche crédible à l’ensemble, rendant la scène d’autant plus cool.

2015: Le T-100 transforme son bras en javelot, se le coupe, le fait tournoyer au-dessus de lui, et se décide enfin à le lancer sur sa cible. Un money shot qui se veut cool, mais qui met à la trappe toute forme de crédibilité.

Il n’aura fallu que de deux exemples pour souligner tout la vacuité de ce projet de reboot déguisé en suite. Et à l’instar de Jurassic World, on est encore face à une destruction d’icône voué à faire rentrer la saga dans le moule de la super production moderne et la rendre « franchise friendly ». Mais le film avec Chris Pratt passe pour un chef-d’œuvre, humble et respectueux du matériau de base, face à l’entreprise de démolition qu’est ce Terminator Genisys.

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Parce que l’on est bien en présence d’un produit qui n’a aucune sorte de vision et qui refuse catégoriquement toute forme de mise en scène quelle qu’elle soit. Entièrement guidé par la nostalgie lors de sa première partie, le film s’évertue à reproduire les scènes phares du premier opus au plan prés de manière aussi fade que possible, tout en y injectant des éléments qui n’ont rien à faire là (y a-t-il seulement un sens à la présence du T-1000 en 1984?), et détruisant au passage tout la portée des films de Cameron. Comme en témoignent la machine à tuer inarrêtable du premier film réduite au silence d’une seule balle, ou le T-1000 qui s’évapore du récit aussi vite qu’il y est entré sous une douche acide. Soit un beau doigt d’honneur fait aux deux premiers opus. Outre les recyclages sus-cité en mode DTV, rien ne vient construire le film ou son univers. La relation entre Kyle Reese et Sarah Connor? Jetée aux ordures et réduit à quelques punchlines censées apporter une touche d’humour. Cela dit, ce n’est guère aidé par le pire miscast qu’il ait été donné de voir dans un film de ce calibre. Entre Jay Courtney qui livre une prestation digne de son talent (dans la lignée de celle de Die Hard 5), et Emilia Clarke qui peine à convaincre en substitut de Linda Hamilton, ils paraissent tout deux bien trop jeunes et propres sur eux pour être crédible. Loin du charisme et de l’alchimie qui émanait de leur aînés, ils semblent tout droit sorti d’une série CW. Arnold, quand à lui, ne se voit pas offrir grand-chose à composer et signe là encore un retour manqué sur les écrans. Le Terminator vieillissant qu’il incarne n’a finalement pas tant d’importance que ça dans le récit, si ce n’est faire quelques blagues sur son âge.

Passée une moitié de film « hommage » (comprendre massacre pur et simple), le film s’aventure dans un méli-mélo niveau continuité aux rebondissement sortant tout droit de la fan-fiction. Il essaie de rattacher les wagons avec le premier film, moderniser son contexte en parachutant une timeline en 2017, et comme Hollywood s’autorise désormais les retcons sauvages (X-men, Jurassic world, le prochain Alien) il s’en donne à cœur joie pour ignorer les troisième et quatrième films. Tout ça pour réinterpréter la mythologie initiée par Cameron, sans en saisir l’essence, et en la complétant de concept au mieux absurdes (comme la mémoire de Reese se partageant différentes continuités). La faute la plus dramatique dans cette relecture est sans doute la représentation de Skynet qui ferait presque oublier le sort honteux réservé à John Connor. Passons le fait que le logiciel militaire devienne une OS tel que la firme à la pomme pourrait en produire, soit. Non, la grave erreur est d’avoir personnifié Skynet et d’avoir transformé l’entité informe, et véritable épée de Damoclès sur la saga, en personnage qui s’adresse directement aux protagonistes. Ce dans un effet visuel qui renvoie directement au premier film Resident Evil où au final de Mass Effect 3 avec son ghost child. Un traitement complètement à coté de la plaque qui gangrène un film qui n’assure déjà que le minimum syndical en terme de produit de consommation estival. Dans un grand moment d’indulgence, on pourrait éventuellement y voir un divertissement décérébré qui n’impressionne guère. Voilà à quoi est réduit ce qui était était à l’origine tout droit sorti d’un rêve de Iron Jim.

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Il n’y a donc rien à sauver dans cet énième tentative opportuniste de résurrection de tout un pan de la culture des 80’s/90’s. Si jamais le public acquiesce et donne une nouvelle fois raison aux studios (comme pour le cas Jurassic World), une séquence post-générique en forme de cliffhanger vient s’assurer de faire la promotion des futures réjouissances à prévoir. Si Genisys s’était porté comme mission de réduire à néant le cinéma de genre, sa cible n’est plus très loin de se faire totalement exterminer.

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