L’heure de vérité [Critique: Quelques minutes après minuit]

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Il est de ces films qui parviennent à toucher à l’universalité d’un propos. De ces films dont le verbe se loge profondément en plein cœur. De ces films qui sont fruits d’exigence et de clarté. Dés les premiers instants, Juan Antonio Bayona déploie Quelques minutes après minuit comme un sublime représentant de cette espèce de Cinéma.

Le jeune Connor est Arraché à son sommeil par un cauchemar qui le hante. Il se dirige alors à sa fenêtre où le reflet du garçon lui fait face, l’on est ensuite plongé dans le point de vue de Connor qui scrute l’arbre prônant au dessus de la colline. En quelques plans, l’invitation dans l’imaginaire de l’enfant est énoncé de manière limpide. Bayona pose d’emblée son film comme une valse entre réalité et fantasmagorie. Le motif de l’heure 12:07 agit ainsi comme un marqueur qui invoque autant le fantastique que la notion du temps inéluctable (aussi matérialisé par l’horloge de la grand-mère). Le monstre, incarné en performance capture par Liam Neeson, est lui directement défini par sa portée allégorique. Il vient rendre visite à Connor pour lui conter trois histoires, et seulement ensuite il laissera le garçon parler de son cauchemar. Cela induit que Connor n’a d’autres choix que de se confronter aux symboles des trois récits pour enfin atteindre sa vérité. Le monstre comme solution solution cathartique à la souffrance du héro est ainsi exposé de manière frontale. Ce rapport entre imaginaire et drame intimiste est transmuté par un mariage formel des genres. Le naturalisme du monde réel côtoie l’animation éthéré des contes, puis se mêlent jusqu’à fusionner. À mesure que le film avance, le monstre est de plus en plus marqué comme l’extension de la psyché de Connor. S’il enferme d’abord l’enfant dans ses mains pour créer un fondu au noir vers le conte animé, la frontière est ensuite plus flou. Les deux personnages sont à la lisère des deux mondes où le décor n’est pas encore sorti de son esthétique d’aquarelle. La manière dont le monstre apparaît à l’écran va aussi dans ce sens. Les racines de l’arbre s’immisce dans une pièce pour se répandre dans l’image, ou il se place au coté de Connor tel une ombre ou un reflet.

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Si cette association entre les différentes facettes du récit fonctionne tant, c’est bien parce que J. A. Bayona met sa mise en scène totalement au service des thématique du film, et ce avec une cohésion rare. Il peut ainsi traiter du pouvoir de création via le don au dessin que Connor hérite de sa mère. Cela justifie l’aspect des contes du monstre, mais surtout permet au film d’aborder la notion de transmission. Cela donne lieu notamment à une scène extrêmement poignante, où Connor épie sa grand-mère (joué par une Sigourney Weaver impeccable) en train de regarder une veille vidéo de la bouleversante Felicity Jones apprenant à son fils à dessiner. La mère de Connor lui communique aussi cet amour pour les monstres de cinéma (ils regardent King Kong ensemble sur le vieux projecteur du grand-père), et surtout les valeurs propres à ceux-ci. Ce rapport maternel est dans la continuité de la filmographie du cinéaste après L’Orphelinat et The Impossible. Et tout comme dans ce dernier, Quelques minutes après minuit partage aussi cette conception de la renaissance par la destruction.

Le monstre agit ainsi comme une force ravageuse, et invite Connor a se purger par un acte de démolition lui permettant d’accéder à un renouveau. Le même propos humaniste qui émane de la famille Bennett qui survie au tsunami de 2004. C’est une forme de transcendance, celle qui pousse l’être humain à surpasser les épreuves qui se présentent à lui. Le monstre déclare que le cauchemar de Connor est sa vérité, sa révélation qu’il doit surmonter pour trouver une résolution à son trauma. C’est par la puissance des histoires, la force de la fiction, que chacun peut trouver les clés de l’épanouissement. C’est par cette voie que Bayona arrive à aborder avec une telle justesse, mais surtout une telle universalité, un thème aussi tragique que le deuil. S’il touche en plein cœur, c’est bien parce que Quelques minutes après minuit s’apparente à un certain idéal de Cinéma. Une harmonie où toutes les facettes du langage cinématographique font chavirer le spectateur dans le maelström de ses émotions. C’est bien là l’œuvre d’un magicien qui maîtrise à la perfection le dosage de ses effets, et ce n’est donc pas sans raison que l’on approche le cinéaste d’un certain Steven Spielberg.

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En l’espace de trois films, Juan Antonio Bayona s’impose comme un virtuose d’un Cinéma sensoriel et total. Quelques minutes après minuit fait parti de cette race de films qui chamboulent l’âme et lui laissent une empreinte indélébile. Après un tel sans-faute, il ne reste plus qu’à espérer qu’un talent aussi précieux ne se fasse pas dévorer par les dinosaures d’Universal.

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